Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Dallahs: quand l'usage quotidien laisse place au symbole

Publié le par Marine HAY

Article publié dans Madame Magazine (novembre 2013). Vous pouvez consulter l'ensemble du magazine en cliquant ici: http://issuu.com/madame-magazine/docs/madame_nov2013

 

Capture-d-ecran-2013-11-08-a-17.44.35.png

Capture-d-ecran-2013-11-08-a-17.40.29-copie-1.png

Sous les coups réguliers du marteau, la plaque de cuivre s'arrondit. Peu à peu, le corps de la Dallah prend forme. « Le plus important, ce n'est pas la main qui tient l'outil, c'est la main qui tient le cuivre, explique Ismail Ali Al Hassan. C'est elle qui donne la juste inclination. » Ismail maîtrise son sujet aussi bien que ses outils. À 74 ans, il affirme être le dernier artisan émirien à fabriquer ces cafetières traditionnelles. Un savoir qu'il a hérité de son père et qui fait vivre sa famille depuis trois générations. Certes l'électricité a remplacé le charbon, mais les outils sont les mêmes, la technique, identique. "La particularité de mes Dallahs, c'est que le bac est façonné dans la même pièce de cuivre que le corps, ce qui la rend plus solide. Ce n'est pas une pièce ajoutée par soudure, comme on le fait maintenant au Maroc ou au Pakistan."

 

Capture-d-ecran-2013-11-08-a-17.40.43.png

 

De cuivre ou d'or

La seule innovation qu'Ismail s'est permis en soixante ans, ce sont les gravures. « Au départ, les Dallahs n'étaient pas si décorées, décrit-il, les modèles étaient très simples! » Désormais, Ismail n'hésite pas à les orner d'un « UAE » dans une tête d'aigle ou du symbole de Dubaï Expo 2020. Si certaines Dallahs sont en cuivre, d'autres sont en argent, ou recouvertes de feuille d'or 24 carats, car Ismail Ali Al Hassan compte parmi ses clients la plupart des monarques du golfe: Arabie Saoudite, Oman, Bahrein, Émirats. Même la reine Elisabeth II s'est vu offrir une de ses œuvres.  

 

 

Une tradition qui disparaît

 

Il y a plusieurs années qu'Ismail a fermé la boutique où il travaillait dans le souq d'Al Deira mais son nom circule toujours dans les plus hautes sphères de la péninsule et on lui passe encore commande pas de virgule de temps en temps. Néanmoins les Dallahs font de moins en moins partie de la vie quotidienne. « Dans le temps, il était impossible de faire sa demande en mariage sans posséder une Dallah! Pour un homme, avoir une Dallah, c'était montrer qu'il était un hôte accompli. Maintenant, les gens utilisent des cafetières en plastique, plus pratiques, moins couteuses. Ils n'apprécient plus le travail artisanal. » L'autre raison qui explique le désintérêt pour cette cafetière traditionnelle, la Dallah exige un rite un peu fastidieux. Le café est d'abord préparé dans une première Dallah, la khumra, puis des épices sont ajoutées au breuvage lorsque le café passe dans la Lugma. Ne reste alors plus qu'à servir, dans la plus petite Dallah, la Mezellah.

Capture-d-ecran-2013-11-08-a-17.40.57.png

 

Joie et fierté

C'est surement pourquoi aucun membre de la famille Al Hassan ne reprendra le flambeau après Ismail. Le marché n'est pas assez intéressant, le métier trop pénible. Ismail, lui, ne veut pas s'arrêter. Il tire de son travail un vrai sentiment de bien-être, « comme la prière, ou le jeûne du ramadan. » Chaque pièce terminée fait sa joie: « A chaque fois, c'est comme si j'avais gagné un fils! » Après avoir cherché toute sa vie à faire les plus belles Dallahs, il va désormais s'attacher à fabriquer... La plus grande. L'idée lui est venue de son neveu, qui veut faire homologuer la pièce au Guinness des records.

 

 

Commenter cet article