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Politique internationale: qui sont les Hommes derrière le programme des candidats?

Publié le par Marine HAY

Ancien militaire, cadres du quai d’Orsay, en disponibilité - ou pas, ils conseillent les candidats en matière de politique extérieure. Qui sont-ils ? Pourquoi ont-ils choisi de s’engager ? Quelles conséquences sur leurs carrières ?

     Certains travaillent dans l’ombre, tandis que d’autres vivent leur engagement au grand jour. Ils seraient une vingtaine à offrir gracieusement leurs services à François Fillon, une vingtaine également à travailler le soir « après leurs horaires de bureau » assure-t-on, pour le compte de Jean-Luc Mélenchon. Idem pour Benoit Hamon, Emmanuel Macron, ou encore Marine Le Pen.

     De l’extrême gauche à l’extrême droite, ils abreuvent les candidats en notes de synthèse, des documents factuels sur le climat social d’un pays, la stabilité économique d’un autre. Tandis qu’ils retranscrivent le pouls de la rue d’un pays sud-américain, résument les perspectives économiques d’une ancienne colonie africaine ou analysent le potentiel commercial d’un émirat arabe, ils partagent leur point de vue, font rejaillir leur propre perception. Ils dépeignent aux candidats le monde tel qu’ils le voient, bien qu’ils préfèrent se décrire comme des « technocrates, au service d’un programme ».

     C’est à partir de ces notes que les candidats forgent leurs prises de position.

     Ils ont beau s’opposer sur l’échiquier politique, leurs sources sont, elles, issues des mêmes institutions.

Déontologie et engagement

     Au service d’un ministre la journée, fournissant des informations à l’opposition le soir, l’activité de ces conseilleurs est-elle bien déontologique? C’est parce qu’il sont justement soumis à un droit de réserve, qu’ils gardent l’anonymat pour la plupart. « Heureusement que les candidats sont conseillés par des gens d’expérience ! Argumente l’un d’eux. « Ca s’est toujours fait, » assure un autre. « Le devoir de réserve n’empiète pas sur la liberté de conscience, » ajoute un troisième.

     Liberté de conscience ? Il y a les convictions bien sûr, mais aussi un rejet de la diplomatie actuelle. Notamment, chez ceux qui se sont engagés dans l’opposition.

     « Certains collègues n’étaient pas à l’aise avec la politique de François Hollande. Ils veulent arrêter d’être suiviste, retrouver leur indépendance, explique un haut fonctionnaire, conseiller de François Fillon. Ne pas être invité à la table des négociations sur la Syrie, alors que la France subit directement les effets de la crise syrienne, a été vécu comme une humiliation »

     Plus question de subir, ils ont choisi d’agir. Surtout qu’à la clé, certains ambitionnent d’accéder à un poste de conseiller à l’Elysée, si tant est qu’ils aient choisi le bon candidat…

Les Horaces du FN

     Selon les partis, la collaboration de ces élites est plus ou moins organisée. Le Front National a très tôt rassemblé ces têtes pensantes dans un groupe, appelé les « Horaces ». Le plus médiatique d’entre eux est certainement Jean Messiha, promu en novembre dernier coordinateur de campagne de Marine Le Pen. Ce fils d’un diplomate copte Egyptien, énarque, se qualifie de souverainiste. C’est pourquoi il a d’abord soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002. Puis il acquiert une solide expérience en politique extérieure après avoir travaillé au sein des ambassades françaises aux Emirats Arabes Unis et au Liban.

     Sensible au discours de dédiabolisation de Marine Le Pen, il la sollicite fin 2014 pour rejoindre son équipe. Fin 2015, le cercle des « Horaces » est fondé. Il se compose de cadres du privé, de haut fonctionnaires venus de différents ministères), qui décident de soutenir la candidature de la présidente du front National, et qui, sans faire allégeance au parti, travaillent directement avec le cabinet de la présidence. Selon Jean Messiha, ils seraient aujourd’hui 155…

Djordje Kuzmanovic, le profil qui détonne

     La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, ne déroge pas à la règle. Le parti a lui aussi son lot d’experts et d’éminences grises du « Quai » pour écrire des fiches.

     Mais pour chapeauter les questions internationales et de défense, c’est Djordje Kuzmanovic qui a été choisi. Après un passage par Sciences Po, et l’Ecole Normale Supérieure, ce dernier se spécialise en communication politique et relations internationales. Lui n’est pas passé par le ministère des affaires étrangères, mais par l’armée. En 2006, il est envoyé en Afghanistan, où il s’occupe des « opérations psychologiques», c’est-à-dire des opérations propagandes de l’armée pour justifier leur intervention. Son engagement aux côtés de Jean-Luc Mélenchon remonte à 2009. Convaincu par une proche, Charlotte Girard, il est aussi séduit par la personnalité du Leader. « Jean-Luc est sérieux. Il connaît ses sujets à fond. (…) Il défend une ligne qui fait sens. » Pour lui, le candidat de la France insoumise est même « l’incarnation moderne de Jaurès ». Un engagement bénévole là encore, Djordje Kuzmanovic tirant ses revenus d’une activité de conseil en géostratégie auprès d’une société créant des jeux vidéo.

Qui fournit les idées, et qui les défend ? Dans tous les partis, difficile de bien cerner où se situe la frontière. Au QG de la France Insoumise, le discours est en tous cas raccord entre le conseiller et le candidat, lorsqu’il s’agit des Etats-Unis : « Les Etats-Unis sont le premier facteur de déstabilisation dans le monde. Si je ne me trompe pas, ils ont plusieurs centaines de milliers de militaires à travers la planète. (…) Représente 50% du budget mondial de défense. (…) Si on ne se trompe pas, ils ont une moyenne d’une guerre ou d’une opération de déstabilisation tous les deux ans et demi depuis la seconde guerre mondiale ! »

Quant au rôle de la Russie sur la scène internationale… L’ancien militaire est beaucoup moins prolixe.

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