Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Palestiniens, trahis par les leurs

Publié le par Marine HAY

Palestiniens, trahis par les leurs

Le vote devait figurer à l'ordre du jour du 65ème congrès de la Fifa. Un vote pour susprendre Israël, qui restreint régulièrement la liberté de mouvement des joueurs palestiniens. La fédération palestinienne a finalement préféré le compromis au vote... Un pied de nez à tous ceux qui se sont mobilisés.

Palestiniens, trahis par les leurs

Bassem Tamimi est le genre de Palestiniens qui balaie les stéréotypes comme il balaie sa terrasse. Il faut l'avouer, quand on s'invite dans un foyer palestinien, on ne s'attend pas à voir un homme s'occuper des tâches ménagères. "C'est vrai, certains Palestiniens sont conservateurs, mais ici nous ne sommes pas comme ça. Nos femmes manifestent à nos côtés, avec nos enfants." Ici, c'est Nabi Saleh, à quelques encablures de Birzeit. Un petit village en zone C, sous contrôle militaire et administratif israélien. La maison de Bassem se trouve à une centaine de mètres de la colonie d'Halamish. La solide batisse peut donc être détruite à tout instant.

Dans ce contexte, la sérénité de l'homme est plutôt déconcertante. Tout comme son approche non-violente. Chaque semaine, avec les autres habitants du village, il vient manifester contre l'occupation, et pour la paix. Une prise de position d'autant plus courageuse, que l'histoire de sa famille a été marquée par de nombreux décès. L'un des membres de la famille a été tué en plein procès par une traductrice. Un autre est mort, tué par une grenade de gaz lacrymogène en pleine tête. Mais Bassem, membre du Fatah, a étudié, et il souhaite s'inspirer de l'exemple sud-africain. Le plus efficace, selon lui.

La porte de la maison est restée ouverte, et bientôt, Fadi Quran se joint à nous. Il est avocat. Dans de grands sacs en plastique, des ballons, et des feuilles cartonnées. Rouges. Aujourd'hui, la manifestation prend un tour tout particulier. Les habitants ont décidé de soutenir la proposition de leur fédération de football, visant à exclure Israël des championnats internationaux de Football.

"En tant que Palestinien, je me souviens des soldats et des colons qui nous tiraient dessus quand on jouait au foot dans notre stade. L'équipe palestinienne est aujourd'hui toujours victime d'oppression et de discrimination. (...) On appelle aujourd'hui la Fifa à suspendre Israël, jusqu'à ce que les droits de tous les joueurs soient respectés, et que la discrimination cesse,"explique-t-il.

Régulièrement, joueurs, entraineurs et arbitres palestiniens sont retenus en Cisjordanie ou à Gaza par les autorités israéliennes. "Question de sécurité" leur rétorque-t-on à l'envi. Des équipes de colons joue dans le championnat israélien, faisant fi des règles de la Fifa. Il est aussi courant d'entendre "mort aux arabes" dans les tribunes du Beitar Jerusalem. Passons sur les arrestations, détentions, blessures, dont les jeunes joueurs (comme tous les jeunes joueurs palestiniens) font l'objet.

http://mobile.nytimes.com/2015/05/29/opinion/fifa-should-give-israel-the-red-card.html?_r=1&referrer

"Le football est quelque chose qui devrait réunir tout le monde, et c'est justement ce qu'Israël empêche. Il empêche les Palestiniens de s'unir au reste du monde, argurmente Fadi. La Fifa l'a déjà fait avec la Yougoslavie, et l'Afrique du Sud. La situation n'est pas différente."

Fadi Quran et la petite procession s'avance sur la route qui mène au village. Les enfants scandent: "one two free, Palestine free!" Les soldats ont fermé la route. Ils les attendent, comme chaque semaine. Première détonation. Le groupe s'arrêtent, et mais ne rebroussent pas chemin. Le gaz fume, les yeux pleurent. Les enfants sortent leurs petits cartons rouges. L'un d'eux sort de la masse, et vient agiter un carton rouge au nez d'un des soldats postés en bordure de route. Le gamin ne pousse pas la première provocation trop loin et rejoint vite les rangs. Il prend la température. Peut-être bridés par la présence occidentale et les nombreuses caméras, les soldats ne répliquent pas. Ils se contentent d'une autre rafale de gaz. Le garçonnet revient à la charge, accompagnés cette fois de quelques copains et des adultes. Ils provoquent les soldats, agitent leurs petits cartons.

https://www.youtube.com/watch?v=NDiaffSghO4&feature=youtu.be

Pendant ce temps, Fadi Quran échange quelques passes avec un autre habitant, avant de shooter en direction des gros 4X4 stationnés sur la route. Manqué.

La fédération de Football palestinienne, et son président, Jibril Rajoub, ont, eux choisi de s'écraser. En une poignée de main, il a choisi la voix du compromis (voire de la compromission? ) et non celle de la justice. Alors que tous étaient rivés sur leurs écrans, avides de connaitre le nom du nouveau président de la Fifa réélu le même jour, les deux fédérations se sont accordées pour créer un comité chargé d'observer les situations litigieuses.

http://www.euronews.com/2015/05/29/fifa-palestinians-drop-vote-to-get-israel-suspended-from-world-football/

Un Oslo footballistique, en somme.

Les larmes qui ont coulé à Nabi Saleh n'auront servi à rien...

https://nabisalehsolidarity.wordpress.com/tag/bassem-tamimi/

Commenter cet article