Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Haneen Zoabi : la résistance de l’identité Palestinienne au cœur du parlement israélien

Publié le par Marine HAY

 Haneen Zoabi : la résistance de l’identité Palestinienne au cœur du parlement israélien

Vu de France, c’est difficile à dire : les arabes israéliens se sentent-ils toujours palestiniens ? La question est d’autant plus légitime lorsqu’on la pose à une députée siégeant à la Knesset.

Haneen Zoabi, ou l’art du paradoxe. Au sens littéral. Le doxa israélienne d’abord, puisque la députée est conspuée par ses concitoyens : au sein même de la Knesset, elle se fait régulièrement insulter, quand on ne lui jette pas une boisson à la figure.

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150310.OBS4297/haneen-zoabi-la-candidate-arabe-qui-defie-israel.html

Contre la doxa palestinienne, ensuite, tellement son look va à l’encontre des clichés. Cheveux court, chemisier sans manches, elle incarne avec modernité le combat palestinien, de l’intérieur.

Quant à savoir si elle se sent Palestinienne, Haneen Zoabi ne me laisse pas tergiverser bien longtemps. Au sein du parlement, elle représente les 20% de Palestiniens qui vivent du bon côté du mur. " Nous faisons partie du partie du peuple palestinien, nous souffrons avec eux, " explique-t-elle.

Ses revendications identitaires ont d’ailleurs le don d’agacer les apparatchiks : " Ici je n’ai pas le droit de me définir comme Palestinienne. Je dois accepter mon infériorité, m’humilier. Les lois relatives à la loyauté (http://www.bbc.com/news/world-middle-east-12897456) exigent que je sois loyale à l’idéologie sioniste. " La députée n’hésite pas à comparer une telle obligation à un régime autoritaire. Un argument dont elle a fait son cheval de bataille. " Les gens voient Israël comme un état démocratique, alors qu'Israël devrait être critiqué en tant qu’état ! C'est son système, ses lois, qui devraient être remis en cause ! "

Un sujet bien plus embarrassant selon elle, que les crimes de guerre.

Israël, état d’apartheid

La loi sur la loyauté n’est qu’un des nombreux exemples qui font dire à Haneen Zoabi qu’Israël est un état d’apartheid. Officiellement, juifs et arabes (chrétiens ou musulmans) sont égaux devant la loi. La logique israélienne veut qu’à l’intérieur des frontières, il n’y ait pas d’apartheid. Pour ce qui se passe chez l'ennemi, l'état hébreu rejette tout responsabilité, bien qu'il contrôle les territoires occupés (sans parler de Gaza, qui sous blocus, dépend du bon vouloir israélien).

D'après Haneen Zoabi, même la situation en terre israélienne tient de l'apartheid.

"Sur nos terres, nous sommes considérés comme des envahisseurs, analyse-t-elle. C’est un mot tout à fait accepté."

De cette assomption, découle une politique raciste, notamment en ce qui concerne l’aménagement du territoire.

Depuis 2011, 700 villages arabes se trouvent à la merci de " l’admission comittee law " une institution qui peut décider du droit des citoyens israéliens à résider dans un village. La loi s’applique tout particulièrement lorsqu’un village arabe jouxte un village juif. (http://www.adalah.org/en/content/view/6569)

Les refus peuvent être notamment motivée par " le tissu social et culturel de la ville ", ou encore "l’incompatibilité avec la vie sociale de la communauté. "

Autre exemple, la loi liée au regroupement familial. Alors que les familles juives peuvent accueillir sans aucunes difficultés administratives les membres de leur famille, à plus forte raison dans les colonies, la situation est bien différente pour les non-juifs… Et les Palestiniens, plus précisément. Leur droit au regroupement familial est ainsi soumis à une régulation draconienne.

(http://www.timesofisrael.com/law-forbidding-palestinian-family-reunification-extended/)

Réécrire l’histoire

Derrière ces humiliations, ces discriminations raciales, se cachent, selon Haneen Zoabi, la volonté de faire fuir les Palestiniens d’Israël. Un processus à visée démographique d’abord, mais aussi idéologique. Car les arabes israéliens sont un pied de nez au discours sioniste. C’est pourquoi l’état s’est lancé dans une politique de repeuplement du Neguev et de la Galilée…

http://www.israel-actualites.tv/en-israel-2-500-emplois-devraient-etre-crees-dans-le-neguev/

Haneen décrypte : " il n’y pas assez de juifs là-bas. Les Israéliens veulent réécrire l’histoire, et confisquer notre relation à la terre, et par la même notre identité. C’est pourquoi ils remplacent des villages entiers. Ils expulsent des habitants, détruisent les maisons et reconstruisent au même endroit. "

" Nous n’avons pas besoin de revenir 2000 ans en arrière pour prouver que nous étions là, » s’emporte la députée !" Le temps joue en faveur des Israéliens, et Haneen Zoabi le sait. « On nous empêche d’enseigner notre propre histoire, nous payons des impôts pour apprendre que nous n’avons aucune connection à notre terre. "

Les Arabes israéliens et les Palestiniens : des amours contrariées

La démarche menée par Zoabi est une lutte interne à Israël, pour autant elle n’est pas déconnectée de l’ensemble du conflit israélo-palestinien. Elle l’affirme : « Nous avons un rôle à jouer dans la résolution du conflit. »

La députée se dit favorable à une solution à deux états. « Il faut que la Palestine existe dans les frontières de 67 et qu’Israël devienne un pays neutre et démocratique. »

On imagine donc que son inclination tend plutôt vers l’autorité palestinienne ? Et bien non. Haneen Zoabi place sa vision politique au-dessus du clivage Fatah-Hamas. D’un côté, elle regrette les accords d’Oslo : « une erreur fatale, stratégique, qui a réduit les frontières.» De l’autre, elle considère que « le Hamas n’a pas une vision politique claire. » Et d’ajouter, sourire en coin : « nous ne partageons pas le même point de vue sur le rôle des femmes. » Elle concède en revanche au parti au pouvoir à Gaza le droit de faire partie du mouvement palestinien, et déplore: « Il n’y a pas d’unité palestinienne. De son côté, Israël n’est pas concerné par la question palestinienne. Les Israéliens peuvent avoir une vie normale, pendant qu’ils occupent un autre pays, » constate-t-elle.

Haneen Zoabi, a raison. Elle a un rôle à jouer dans ce conflit. Car les arabes israéliens sont les seuls capables de créer un lien entre les sociétés israéliennes et palestiniennes. Aujourd’hui, leur position donne à voir les défis qui se poserait si la solution à un état était mise en oeuvre.

Commenter cet article