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Chopin et les Chrétiens de Palestine

Publié le par Marine HAY

Chopin et les Chrétiens de Palestine

La Belle Promise (Villa Touma) est le dernier opus de Suha Arraf, en salle le 10 juinAprès la fiancée syrienne, et les Citronniers, elle dépeint le quotidien des « derniers » chrétiens de Ramallah, après la guerre des six jours. Incapables de s'adapter aux changements de leur monde ils sont prisonniers de leur convention, comme du mur.

Nous sommes à Ramallah. La guerre des six jours vient de se terminer, et Badia (Maria Zrek) doit quitter son orphelinat pour rejoindre ses tantes, Violette, Juliette et Antoinette. Les sœurs Touma vivent reclues dans leur villa en pierre taillées. Trois vieilles filles, dont la vie a été détruite par la guerre. Depuis, leur quotidien est rythmé par les tâches ménagères et les heures de tricot. Forcément l'arrivée de la toute jeune femme va bousculer leurs habitudes. Pensez-donc ! L'insolente a cinq minutes de retard au dîner !

Dans La Belle Promise, Suha Arraf aborde avec ironie le thème du délitement. Celui de la société chrétienne en Palestine. Alors que les jeunes hommes s'exilent en Amérique, que les terres et la fortune ont été englouties par la guerre, il faut à tout prix sauver les apparences. Badia doit donc se marier. Et afin d'attirer le meilleur parti, elle doit apprendre le français, et jouer du piano. Que Chopin la pardonne...

La jeune femme transgresse et intègre tour à tour ces nouveaux codes. A travers elle, la réalisatrice évoque aussi les relations inter religieuses. Et autant dire que les chrétiens n'ont pas le beau rôle. Que ce soit le jardinier, le prétendant de Badia, ou même sa mère défunte, les sœurs Touma méprisent les musulmans, ces Palestiniens infréquentables pour les grandes dames du monde.

L'importance, c'est donc l'apparence, quitte à s'accrocher à un passé révolu depuis bien longtemps. En cela, la photographie est splendide.

« L'ordre, la perfection et la grandeur qui se dégagent de la villa représentent symboliquement le monde parfait dans lequel ces femmes souhaitaient rester. C'était quelque chose que je voulais montrer à l'écran » a expliqué Suha Arraf.

Un film à la Ozon ?

D'ailleurs, La Belle Promise rappelle vivement les 8 femmes d'Ozon. Une comparaison renforcée par le caractère suranné des personnages, la théâtralité de la mise en scène et son final à rebondissement également. La musique également.

Suha Arraf lui donne un autre sens : « Sans le vouloir, j'ai vu que j'avais écrit un film sur l'occupatio, l'internalisation de l'occupation que chacun se fait subir. J'ai utilisé tous les symboles qu'on retrouve sous l'occupation aujourd'hui, comme la balle d'arme à feu que Khaled donne à Badia. Tout cela explique pourquoi la majeure partie du film se passe à l'intérieur de la villa, qui reflète la réalité de Ramallah, entourée par un mur. »

Il ne faut pas se mentir, La Belle Promise n'est pas un GRAND film. Il ne semble pas avoir cette prétention. Maisvec cet humour pince sans-rire et sa chute énigmatique, Suha Arraf réalise un film aux registres divers. Tantôt les personnages sont tournés en dérision, tantôt il vous agace. Tantôt la fougue raisonnable de Badia vous touche, tantôt c'est son malheur.

Et c'est en cela qu'il gagne son ticket d'entrée ! Faute d'être grand, il est au moins BON.

La Belle Promise de Suha Arraf, en salle le 10 juin.

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