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Politique internationale: qui sont les Hommes derrière le programme des candidats?

Publié le par Marine HAY

Ancien militaire, cadres du quai d’Orsay, en disponibilité - ou pas, ils conseillent les candidats en matière de politique extérieure. Qui sont-ils ? Pourquoi ont-ils choisi de s’engager ? Quelles conséquences sur leurs carrières ?

     Certains travaillent dans l’ombre, tandis que d’autres vivent leur engagement au grand jour. Ils seraient une vingtaine à offrir gracieusement leurs services à François Fillon, une vingtaine également à travailler le soir « après leurs horaires de bureau » assure-t-on, pour le compte de Jean-Luc Mélenchon. Idem pour Benoit Hamon, Emmanuel Macron, ou encore Marine Le Pen.

     De l’extrême gauche à l’extrême droite, ils abreuvent les candidats en notes de synthèse, des documents factuels sur le climat social d’un pays, la stabilité économique d’un autre. Tandis qu’ils retranscrivent le pouls de la rue d’un pays sud-américain, résument les perspectives économiques d’une ancienne colonie africaine ou analysent le potentiel commercial d’un émirat arabe, ils partagent leur point de vue, font rejaillir leur propre perception. Ils dépeignent aux candidats le monde tel qu’ils le voient, bien qu’ils préfèrent se décrire comme des « technocrates, au service d’un programme ».

     C’est à partir de ces notes que les candidats forgent leurs prises de position.

     Ils ont beau s’opposer sur l’échiquier politique, leurs sources sont, elles, issues des mêmes institutions.

Déontologie et engagement

     Au service d’un ministre la journée, fournissant des informations à l’opposition le soir, l’activité de ces conseilleurs est-elle bien déontologique? C’est parce qu’il sont justement soumis à un droit de réserve, qu’ils gardent l’anonymat pour la plupart. « Heureusement que les candidats sont conseillés par des gens d’expérience ! Argumente l’un d’eux. « Ca s’est toujours fait, » assure un autre. « Le devoir de réserve n’empiète pas sur la liberté de conscience, » ajoute un troisième.

     Liberté de conscience ? Il y a les convictions bien sûr, mais aussi un rejet de la diplomatie actuelle. Notamment, chez ceux qui se sont engagés dans l’opposition.

     « Certains collègues n’étaient pas à l’aise avec la politique de François Hollande. Ils veulent arrêter d’être suiviste, retrouver leur indépendance, explique un haut fonctionnaire, conseiller de François Fillon. Ne pas être invité à la table des négociations sur la Syrie, alors que la France subit directement les effets de la crise syrienne, a été vécu comme une humiliation »

     Plus question de subir, ils ont choisi d’agir. Surtout qu’à la clé, certains ambitionnent d’accéder à un poste de conseiller à l’Elysée, si tant est qu’ils aient choisi le bon candidat…

Les Horaces du FN

     Selon les partis, la collaboration de ces élites est plus ou moins organisée. Le Front National a très tôt rassemblé ces têtes pensantes dans un groupe, appelé les « Horaces ». Le plus médiatique d’entre eux est certainement Jean Messiha, promu en novembre dernier coordinateur de campagne de Marine Le Pen. Ce fils d’un diplomate copte Egyptien, énarque, se qualifie de souverainiste. C’est pourquoi il a d’abord soutenu la candidature de Jean-Pierre Chevènement en 2002. Puis il acquiert une solide expérience en politique extérieure après avoir travaillé au sein des ambassades françaises aux Emirats Arabes Unis et au Liban.

     Sensible au discours de dédiabolisation de Marine Le Pen, il la sollicite fin 2014 pour rejoindre son équipe. Fin 2015, le cercle des « Horaces » est fondé. Il se compose de cadres du privé, de haut fonctionnaires venus de différents ministères), qui décident de soutenir la candidature de la présidente du front National, et qui, sans faire allégeance au parti, travaillent directement avec le cabinet de la présidence. Selon Jean Messiha, ils seraient aujourd’hui 155…

Djordje Kuzmanovic, le profil qui détonne

     La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon, ne déroge pas à la règle. Le parti a lui aussi son lot d’experts et d’éminences grises du « Quai » pour écrire des fiches.

     Mais pour chapeauter les questions internationales et de défense, c’est Djordje Kuzmanovic qui a été choisi. Après un passage par Sciences Po, et l’Ecole Normale Supérieure, ce dernier se spécialise en communication politique et relations internationales. Lui n’est pas passé par le ministère des affaires étrangères, mais par l’armée. En 2006, il est envoyé en Afghanistan, où il s’occupe des « opérations psychologiques», c’est-à-dire des opérations propagandes de l’armée pour justifier leur intervention. Son engagement aux côtés de Jean-Luc Mélenchon remonte à 2009. Convaincu par une proche, Charlotte Girard, il est aussi séduit par la personnalité du Leader. « Jean-Luc est sérieux. Il connaît ses sujets à fond. (…) Il défend une ligne qui fait sens. » Pour lui, le candidat de la France insoumise est même « l’incarnation moderne de Jaurès ». Un engagement bénévole là encore, Djordje Kuzmanovic tirant ses revenus d’une activité de conseil en géostratégie auprès d’une société créant des jeux vidéo.

Qui fournit les idées, et qui les défend ? Dans tous les partis, difficile de bien cerner où se situe la frontière. Au QG de la France Insoumise, le discours est en tous cas raccord entre le conseiller et le candidat, lorsqu’il s’agit des Etats-Unis : « Les Etats-Unis sont le premier facteur de déstabilisation dans le monde. Si je ne me trompe pas, ils ont plusieurs centaines de milliers de militaires à travers la planète. (…) Représente 50% du budget mondial de défense. (…) Si on ne se trompe pas, ils ont une moyenne d’une guerre ou d’une opération de déstabilisation tous les deux ans et demi depuis la seconde guerre mondiale ! »

Quant au rôle de la Russie sur la scène internationale… L’ancien militaire est beaucoup moins prolixe.

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La politique des idées est morte. Place à la politique de posture !

Publié le par Marine HAY

Lorsqu’il est question du conflit au Proche-Orient, l’action politique somnole depuis une vingtaine d’années. Certes, les accords d’Oslo ont bien été suivis par une succession de conférences, d’accords, d’initiatives de paix, aux quatre coins du monde. Camp David, l’initiative de paix arabe de Beyrouth, et bien d’autres rencontres bilatérales, poignées de mains, et conférences de presse. Concrètement, elles n’ont été suivies d’aucun effet sur le terrain. Pour ceux qui s’y sont frottés, il s’agissait plutôt de donner leur point de vue, leur visionde ce que devait être « la paix au Proche-Orient », de comparer la clairvoyance de leurs diplomates à celle du voisin, bref, de donner quelques coups de menton, en prétendant résoudre la quadrature du cercle. L’initiative du paix au Proche-Orient avait au moins un mérite. Initiée en juin par la France, elle avait ouvert une nouvelle ère : elle se donnait pour humble objectif de rappeler aux bons souvenirs des acteurs qu’ils s’étaient un jour entendu… Pour se mettre d’accord.

 

Quelques actions incitatives (le principe de priviledged partnership ) étaient évoquées, ici ou là, mais il n’était pas question d’actions immédiates. Seulement d’idées.

 

L’initiative de paix au Proche-Orient se voulait une conférence de témoignage, un instantané des positions de la communauté internationale sur le sujet en 2016, murmurait-on au quai d’Orsay. Et c’est ainsi que ce dimanche 15 janvier, 70 pays et organisations ont réaffirmés qu’ils soutenaient une solution négociée à deux états. Ils se sont félicités de la récente résolution 2334, votée à l’ONU, ont eu un mot pour « la situation dramatique de Gaza », et ont enfin sermonné chacun pour qu’il respecte le droit international.

 

À première vue, pas de quoi réveiller les susceptibilités des premiers concernés… Et pourtant ! Les Israéliens ont d’emblée pris en grippe le projet, jusqu’à le considérer futile, ne voyant dans la démarche qu’une « imposture ». Mépris également du côté américain, qui voit là une tentative des Frenchies de les remplacer dans leur rôle de négociateur en chef. Et tandis que les représentants des pays invités récitaient tour à tour leurs vœux pieux, un millier de manifestants sont venus montrer leur soutien à l’état hébreu devant les grilles de l’ambassade d’Israël. Et désormais c’est le Royaume-Uni qui empêche le conseil européen d’adopter le texte publié à l’issue de la conférence

 

À lire la fameuse déclaration (en copie ci-dessous), il est bien difficile de dire contre quelles affirmations précitées s’offusquent-ils? En vérité, ne s’agirait-il pas d’un triste jeu d’allégeance ou un camp ou à un autre ? À un alignement atlantiste du Royaume-Uni dans un contexte pro-Brexit? Une politique de posture en somme, qui enterre vivante la politique des idées, déjà mise à nu par la promesse de ne surtout rien faire.

http://www.diplomatie.gouv.fr/en/country-files/israel-palestinian-territories/peace-process/initiative-for-the-middle-east-peace-process/article/conference-for-peace-in-the-middle-east-15-01-17

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Love and Revenge : Qui aime bien châtie bien

Publié le par Marine HAY

Love and Revenge : Qui aime bien châtie bien

En revisitant les films de l’âge d’or du cinéma arabe, principalement égyptiens, et en offrant aux traditionnelles rengaines un lifting électro, La Mirza et Rayess Bek interrogent et subliment à la fois les codes sociaux de leur univers. 

Wael Koudaih, alias Rayess Bek entre en scène et s’installe derrière ses platines. Issu du milieu de la pop et du rap, il est le directeur espace et communication de l’Académie libanaise des Beaux Arts. Il a beau présenter le spectacle depuis deux ans, il a bien du mal à tenir en place, tout comme nous sur notre siège, quand les premières notes de Batwaness bik résonnent. Randa Mirza, alias La Mirza, se tient à ses côtés. Ses références à elle, relèvent plutôt de l’art contemporain. Elle mixe les images  et les ajuste aux reprises avec la dextérité d’un DJ. Sa sélection de scènes extraites de monuments du cinéma arabe tels que  Gharam wa intiqam (1944), ou encore Ishaat Hob (1960), est le fruit d’un an de recherches : « J’ai vu une centaine de films, très variés, de la comédie musicale, du noir et blanc, du drame… Ce sont des scènes qui m’ont intriguée, qui montrent différents aspects de la culture. » Wael, a lui aussi fait face à un patrimoine gigantesque et il lui a bien fallu faire un choix: « Des morceaux sont intouchables, car ils ne fonctionnent pas avec l’électronique, ou alors l’enregistrement est trop mauvais, tout ne fonctionnait donc pas, mais d’autres fonctionnait très bien, » Explique-t-il.

Alors que les connaisseurs et les plus âgés fredonnent le refrain de Saghira ala el Hob, puis Abe Fok el Shajarah, les plus jeunes dandinent des épaules, sagement assis sur leurs sièges. Lorsque Wael et Randa sentent que c’en est trop, ils invitent les spectateurs à les rejoindre sur scène. Tout sourire, les spectateurs, devenus convives,  se déhanchent.

« C’est un moment de communion, explique Randa Mirza. Il y a en fait deux publics, l’un qui connaît ces références et l’autre qui ne les connaît pas du tout. Pour ceux qui connaissent, c’est un moment où ils prennent plaisir à réécouter des chansons, revoir des scènes de  films.(…) Quant à ceux qui découvrent ce visage inconnu du monde arabe, ils le voient dans sa liberté, dans sa violence aussi. On n’est pas dans un univers bisounours non plus. »

Pour Wael, « Il s’agit avant tout de revisiter des morceaux oubliés, qui partent aux oubliettes, parce que trop vieux, trop longs, et parce que le rythme est différent d’aujourd’hui »

Les chansons sont accompagnées à la basse et au clavier par Julien Perraudeau, et à l’oud par Mehdi Haddab, véritable Santana du monde arabe. Il s’inscrit parfaitement dans cette alliance entre tradition et modernité, insufflant sa touche de modernité dans la tradition. Imaginez- vous que son oud, couleur panthère, est électrique.

La troupe s’est produite en Europe,  mais aussi dans le monde arabe, en Egypte, au Liban, ou encore en Tunisie. Les artistes refusent de se cantonner à un public. Ils souhaitent que leur œuvre soit vue par tous… Quitte à choquer.

Ces femmes que l’on ne saurait voir…

En écho à son travail sur le genre, Randa Mirza a mis l’accent sur les femmes à l’écran.  Les morceaux choisis insistent sur les bikinis aux couleurs acidulées, les baisers fougueux qu’ils provoquent inévitablement, puis ces scènes d’amour suggérées par des pauses lascives, et des mains entrelacées.

 « C’est quand même du soft porn! » Plaisante Wael.  « A Sousse, certaines personnes sont sorties de la salle. » a constaté Randa.  Une réaction que le spectacle a également suscitée dans certaines banlieues françaises, et chez quelques personnes âgées. « Certaines vieilles Françaises se sont aussi offusquées que je présente une image de la femme dégradée ! » Raconte Randa. Wael se souvient qu’au Caire, un vieil Égytien est venu le voir : « ‘’Qu’avez-vous fait aux films ?! Vous montrez la femme complètement dévergondée!’’ Je lui ai répondu que nous n’avions rien fait, et il a compris qu’on avait rien inventé, que tout était déjà là ! »

Il faut dire que Rayess Bek et Randa Mirza célèbre une ère qui a repoussé les limites de la bien-pensance. Celle où la femme arabe arborait tous les attributs des pin-ups, où elle se devait aussi d’être un sex symbol pour les beaux yeux de ces messieurs.

Pour autant le spectacle me semble une véritable ôde à la culture arabe. Love and Revenge rappelle que la production audiovisuelle arabe, n’a pas toujours occulté le libertinage. Il est un hommage au temps où les films arabes ne répondaient pas aux standards de la fausse pudeur, aujourd’hui.

«J’aimerais qu’on se pose  la question : ‘’Attendez mais cette époque a existé, ces images on ne les voit plus à la télévision dans le monde arabe !’’ ( …) décrit Wael. L’image du monde arabe qui est véhiculée, à travers les médias occidentaux, est complètement ravagée par la guerre, alors qu’on a eu une époque où d’autres choses se passaient. » 

Qu’on ne s’y méprenne pas, il n’y a là rien de nostalgique, le spectacle est plutôt optimiste et ambitieux. Une vision que d’autres aimeraient s’approprier : Il se murmure que Love & Revenge pourrait être présentée lors de l’inauguration du Louvre d’Abou Dhabi, prévue dans les mois qui viennent.

 

 

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La reconnaissance de l'état palestinien, victime du remaniement ?

Publié le par Marine HAY

Jérusalem, 2015 Crédits: Marine Haÿ

Jérusalem, 2015 Crédits: Marine Haÿ

Alors que Mahmoud Abbas est en France pour une visite de deux jours (15 et 16 avril 2016), la reconnaissance de l’état palestinien tant attendue par l’Autorité palestinienne n’a plus rien d’une promesse.

C’est un engagement que Laurent Fabius a emporté avec lui dans ses cartons : la reconnaissance de l’état palestinien. Un argument censé peser dans la balance des négociations de paix que la France souhaite relancer entre Israël et l’autorité palestinienne. Si –miracle !- les négociations aboutissaient, la reconnaissance aurait été une conséquence logique. Si – et c’est bien plus probable- elles échouaient, le ministre des affaires étrangères souhaitait que la Palestine soit reconnue comme un état à part entière, suivant ainsi la tendance exprimée lors du vote à l’assemblée nationale en décembre 2014, et dans différents pays de l’Union Européenne.

L’échéance était même datée : 2017 au plus tard, avant l’élection présidentielle.

Seulement cette reconnaissance ne se décide pas au quai d’Orsay mais à l’Élysée. Et entre temps, le remaniement est passé par là, en février. Laurent Fabius, avait fait de ce sujet l’une de ses priorités. Et quelques semaines après son départ, on affirmait au ministère que c’était aussi celle de Jean-Marc Ayrault. Ce dernier s’est engagé à poursuivre et à défendre l’initiative française. Mais lors de sa visite au Caire, le 9 mars dernier, il affirmait qu’en ce qui concernait la reconnaissance, plus rien ne serait « automatique ». Qu’il n’y avait pas de préalable aux discussions.

Un retour de veste que François Hollande devra faire accepter à son homologue palestinien, s'il veut donner une chance au processus de paix.

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Accord sur le nucléaire iranien : quelles conséquences ?

Publié le par Marine HAY

Signé en juillet, l’accord sur le nucléaire iranien entre à peine en vigueur. S’il perdure, il permettra aux Iraniens de revenir sur le devant de la scène diplomatique.

Ce fut long à obtenir, et ce n’est pas sûr que cela dure. Mais il faut s’en réjouir : l’accord sur le nucléaire iranien est entériné. Le samedi 16 janvier, l’AIEA (agence de l’énergie atomique) a donné son feu vert pour la levée des sanctions alors que les deux tiers des centrifuges des centrales nucléaires ont été démantelées. A Arak, la calandre a été retirée. Le béton a coulé, et a scellé par la même le sort du nucléaire iranien. Au moins pour un temps, puisque l’accord est signé pour 8 ans.

L’Iran a donc rempli sa part du contrat. Du côté occidental, la levée des sanctions suit également. Le dégel des fonds immédiat est évalué à 32 milliards de dollars, et pourrait s’élever à 100, voire 150 milliards de dollars à long terme, selon des sources diplomatiques.

Dans différents secteurs économiques et financiers, l’Iran va pouvoir sortir de son isolement: banques, assurances, automobiles, aéronautiques, et bien sûr pétrole, mais aussi métaux précieux (l’or notamment). C’est une aubaine pour les entreprises occidentales : un marché de 80 millions d’habitants, aux infrastructures pétrolières vétustes s’ouvre à eux. Seul frein pour ces investisseurs, le « snapback », une mesure qui prévoit qu’en cas de violation de l’accord, les sanctions seraient de nouveau appliquées, et ce, automatiquement.

Car la confiance n’est pas rétablie. Ainsi la position des Etats-Unis reste la même en matière de droits de l’homme, de terrorisme et d’armement. Par exemple, dans le domaine balistique, l’Iran devra repasser. Et pour maintenir les installations nucléaires que compte encore le pays, la république islamique devra passer par un canal d’achat restrictif. En d’autres termes, le conseil de sécurité devra donner son accord préalable. Certains diplomates laissent cependant entendre que cette diète nucléaire n’est pas indéfinie. « D’ici 15 ans, l’Iran pourra redévelopper un programme nucléaire civil », explique l’un d’eux.

Preuve que la normalisation est en marche, Hassan Rohani devrait faire une visite officielle à Paris les 27 et 28 janvier. Déjà prévue en novembre, elle avait été annulée suite aux attentats. Avant son escale parisienne, le premier ministre fera un détour par Rome, où il rencontrera le Pape François.

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Bonnes et joyeuses fêtes à tous!

Publié le par Marine HAY

Fin 2015 nous avons entamé les fêtes de fin d’année avec une drôle de coïncidence. Le 24 décembre, les chrétiens célébraient la naissance de Jésus tandis que les musulmans célébraient l’Eid al Mawlid. Pour la première fois depuis 457 ans, ces deux célébrations tombaient le même jour. Le calendrier des deux principales religions du monde arabe, nous interpelle. Comme si les dates nous forçaient à célébrer… Ensemble.

Voici peut-être un signe sous lequel placer l’année qui s’annonce : l’union, la solidarité. Faisons en sorte que le dialogue interreligieux soit fécond. Échangeons sans embages, débattons avec bienveillance. Du fait religieux, de la laïcité, sans tabou, sans crainte, et avec amour.

Laissons dernière nous une année 2015 bien triste et redoublons d’effort pour célébrer. Fêtons, célébrons, festoyons… Car c’est aussi ça, le monde arabe. L’art de faire la fête, dans les pires circonstances : Écoutez donc les rires des enfants dans les camps de réfugiés syriens ! Voyez un mariage gazaoui!

Ne perdons rien de notre légèreté face aux enjeux qui nous attendent, nous journalistes, diplomates, et analystes. Gageons que cela influencera notre travail.

Pour tous, la tâche est immense, acceptons-là, sourire aux lèvres.

(voeux de l'UJAF, décembre 2015)

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The Wanted 18, la force de la première intifada

Publié le par Marine HAY

The Wanted 18, la force de la première intifada

Les 18 fugitives (The Wanted 18) a fait l’ouverture du 7ème festival Proche Orient : Ce que peut le Cinéma. Il raconte avec poésie l’aventure du village de Beit Sahour, pendant la première intifada.

Oui, on peut rire de tout. Même de la première intifada. Le défi est assurément de taille, mais il a été relevé avec brillo par le Palestinien Amer Shomali. L’illustrateur a mis en lumière avec un humour burlesque cet épisode de la première intifada: en 1987, le village chrétien de Beit Sahour achète 18 vaches et décide d’organiser le boycott de Tnuva, la laiterie israélienne. Pourtant loin de maitriser leurs douces laitières, les habitants vont vite inquiéter la force d’occupation israélienne.

Car d’emblée, les Israéliens voient d’un mauvais œil ce boycott organisé. D’autant plus qu’au même moment, les habitants cessent de payer leurs impôts. L’armée est décontenancée et décrète que les vaches sont « une menace à la sécurité d’Israël ».

Ahmed Shomali se fait le narrateur de cet aventure, mais il laisse volontiers personnages et vaches s’exprimer. Tous sont animés, mais aussi filmés. Des techniques de reconstitution qui se mêlent, se chevauchent, s’enchevêtrent avec les images d’archives et les interviews des protagonistes.

Le boycott et Oslo : une époque tristement révolue

L’aventure de Beit Sahour tourne court lorsque Yasser Arafat signe les accords d’Oslo.

Parti d’un anecdote, Ahmed Shomali a développé une réflexion pertinente sur la première intifada, comme le souligne Leila Shahid, venu débattre après la projection : « Le film pose une question fondamentale : Oslo a-t-il avorté un mouvement de révolution ou était-ce une brillante idée de '' l’extérieur'' ? »

Lorsque sont signés les accords d’Oslo, Yasser Arafat n’est pas encore revenu en Cisjordanie. Il appartient toujours à cette diaspora palestinienne, qui s’est donné pour rôle de représenter tous les palestiniens. Lorsqu’il serre la main de Yithzak Rabbin, Arafat aurait-il tué dans l’œuf le premier mouvement de révoltes des territoires ?

Le film met aussi l’accent sur la question du boycott israélien en Cisjordanie. Une telle initiative n’est plus envisageable aujourd’hui. Les économies des deux pays sont trop interdépendantes. Des projets de monnaie alternative, d’approvisionnement auprès des agriculteurs locaux sont pourtant étudiés (voir le travail d’ Anne-Cécile Ragot, consultante et créatrice de l’association “There Are Other Alternatives”) mais ils ne semblent pas encouragés par une autorité palestinienne désabusée. C’est pourquoi le mouvement de Boycott, qui fait tant débat en Europe et surtout en France, s'est extériorisé.

Récompensé par le prix du documentaire aux festival d’Abu Dhabi et de Carthage, The Wanted 18 représentera la Palestine dans la catégorie du meilleur film étranger aux Oscars, le 14 janvier 2016.

Le festival Proche Orient : Ce que peut le cinéma, se tient au trois Luxembourg jusqu’au 29 novembre.

Cliquez ici pour voir la bande annonce

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Crise des migrants : La solution est-elle en Turquie ?

Publié le par Marine HAY

Si la question fait débat au cœur de l’Europe, à sa porte elle fait l’objet d’un consensus sociétal, et donc politique, depuis le début du conflit en Syrie. En Turquie, la proposition de François Hollande est mal perçue.

Génocide arménien, PKK, révoltes populaires, les Turcs n’aiment pas qu’on s’immisce dans leurs affaires. Chez eux, c’est chez eux, et personne ne vient leur asséner sa bien-pensance.

Il en est de même pour les réfugiés. Près de 2,2 millions de réfugiés Syriens vivent en Turquie. La plupart vivent dans des camps, situés le long de la frontière. Des camps qui contrairement à ceux établis en Jordanie ou au Liban ne sont pas gérés par le HCR, mais par la Turquie elle-même. L’organisme onusien se contentant « d’épauler » les autorités… et de verser une aide financière de 320,16 millions de dollars pour l’année 2015. Une subvention qui ne donne pas droit à l'ONU de mettre son grain de sel dans les affaires turques, surtout quand on sait que le pays a déboursé 7,6 MILLIARDS de dollars pour les réfugiés depuis le début du conflit syrien. « Le HCR voulait gérer mais pas payer » ironise l’ambassadeur de Turquie en France, Hakki Akil.

Son pays ne serait pas contre une aide plus conséquente -C'est d'ailleurs le sens de la déclaration de l’ambassadeur de la Turquie à l'ONU, en février dernier - Mais jusqu'à présent, la Turquie s'est accommodée de la situation. Pourquoi en serait-il autrement? Puisque contexte n’est pas source de tensions internes... La société n’a pas manifesté d’oppositions à l’arrivée de ces migrants, même lorsqu'il sont devenus majoritaires dans certaines villes frontalières. « La Turquie est une terre d’accueil » insiste Hakki Akil. Ce dernier aime d’ailleurs à rappeler qu’aucun parti n’a politisé la question.

Ces migrants, bien accueillis en Turquie, François Hollande et Matteo Renzi proposent qu’ils y restent ! Quant à ceux qui ont vocation à poursuivre leur voyage vers l’Europe, les dirigeants européens souhaitent la création des "hotspots", des centres d'accueil devant permettre l'enregistrement des demandeurs d'asile et le raccompagnement vers leur pays de départ, "dans le respect", de ceux qui n'y ont pas droit. Les Turcs imaginent déjà les dérives d'une telle mesure. De quels renseignements parle-t-on? D’autres critères pourraient-ils être pris en compte dans ces hotspots? Comme le niveau d’études, ou les qualifications?

N'est ce pas un début d'immigration choisie?

Cette “culture du tri” scandalise ceux qui sont fiers d’avoir accueilli les réfugiés sans distinction: “Il est honteux de choisir les mieux placés plutôt que de prendre les plus démunis” affirme Hakki Akil.

Pire. Et si le choix se portait sur l’appartenance religieuse? Voilà qui satisferait sûrement la Slovaquie, la République Tchèque ou encore la Hongrie, des états européens qui ont fait part de leurs réticences à accueillir des musulmans.

Heureusement, c’est encore l’Allemagne qui mène la danse en Europe et celle-ci ne s’est pas fait le chantre d’un tel critère. Gageons encore que l’enregistrement des réfugiés en vue d'un accueil digne en Europe pourrait permettre d’établir de manière plus sure l’identité des réfugiés. Et de rassurer ceux qui voient dans ces populations un potentiel risque terroriste.

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Haneen Zoabi : la résistance de l’identité Palestinienne au cœur du parlement israélien

Publié le par Marine HAY

 Haneen Zoabi : la résistance de l’identité Palestinienne au cœur du parlement israélien

Vu de France, c’est difficile à dire : les arabes israéliens se sentent-ils toujours palestiniens ? La question est d’autant plus légitime lorsqu’on la pose à une députée siégeant à la Knesset.

Haneen Zoabi, ou l’art du paradoxe. Au sens littéral. Le doxa israélienne d’abord, puisque la députée est conspuée par ses concitoyens : au sein même de la Knesset, elle se fait régulièrement insulter, quand on ne lui jette pas une boisson à la figure.

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150310.OBS4297/haneen-zoabi-la-candidate-arabe-qui-defie-israel.html

Contre la doxa palestinienne, ensuite, tellement son look va à l’encontre des clichés. Cheveux court, chemisier sans manches, elle incarne avec modernité le combat palestinien, de l’intérieur.

Quant à savoir si elle se sent Palestinienne, Haneen Zoabi ne me laisse pas tergiverser bien longtemps. Au sein du parlement, elle représente les 20% de Palestiniens qui vivent du bon côté du mur. " Nous faisons partie du partie du peuple palestinien, nous souffrons avec eux, " explique-t-elle.

Ses revendications identitaires ont d’ailleurs le don d’agacer les apparatchiks : " Ici je n’ai pas le droit de me définir comme Palestinienne. Je dois accepter mon infériorité, m’humilier. Les lois relatives à la loyauté (http://www.bbc.com/news/world-middle-east-12897456) exigent que je sois loyale à l’idéologie sioniste. " La députée n’hésite pas à comparer une telle obligation à un régime autoritaire. Un argument dont elle a fait son cheval de bataille. " Les gens voient Israël comme un état démocratique, alors qu'Israël devrait être critiqué en tant qu’état ! C'est son système, ses lois, qui devraient être remis en cause ! "

Un sujet bien plus embarrassant selon elle, que les crimes de guerre.

Israël, état d’apartheid

La loi sur la loyauté n’est qu’un des nombreux exemples qui font dire à Haneen Zoabi qu’Israël est un état d’apartheid. Officiellement, juifs et arabes (chrétiens ou musulmans) sont égaux devant la loi. La logique israélienne veut qu’à l’intérieur des frontières, il n’y ait pas d’apartheid. Pour ce qui se passe chez l'ennemi, l'état hébreu rejette tout responsabilité, bien qu'il contrôle les territoires occupés (sans parler de Gaza, qui sous blocus, dépend du bon vouloir israélien).

D'après Haneen Zoabi, même la situation en terre israélienne tient de l'apartheid.

"Sur nos terres, nous sommes considérés comme des envahisseurs, analyse-t-elle. C’est un mot tout à fait accepté."

De cette assomption, découle une politique raciste, notamment en ce qui concerne l’aménagement du territoire.

Depuis 2011, 700 villages arabes se trouvent à la merci de " l’admission comittee law " une institution qui peut décider du droit des citoyens israéliens à résider dans un village. La loi s’applique tout particulièrement lorsqu’un village arabe jouxte un village juif. (http://www.adalah.org/en/content/view/6569)

Les refus peuvent être notamment motivée par " le tissu social et culturel de la ville ", ou encore "l’incompatibilité avec la vie sociale de la communauté. "

Autre exemple, la loi liée au regroupement familial. Alors que les familles juives peuvent accueillir sans aucunes difficultés administratives les membres de leur famille, à plus forte raison dans les colonies, la situation est bien différente pour les non-juifs… Et les Palestiniens, plus précisément. Leur droit au regroupement familial est ainsi soumis à une régulation draconienne.

(http://www.timesofisrael.com/law-forbidding-palestinian-family-reunification-extended/)

Réécrire l’histoire

Derrière ces humiliations, ces discriminations raciales, se cachent, selon Haneen Zoabi, la volonté de faire fuir les Palestiniens d’Israël. Un processus à visée démographique d’abord, mais aussi idéologique. Car les arabes israéliens sont un pied de nez au discours sioniste. C’est pourquoi l’état s’est lancé dans une politique de repeuplement du Neguev et de la Galilée…

http://www.israel-actualites.tv/en-israel-2-500-emplois-devraient-etre-crees-dans-le-neguev/

Haneen décrypte : " il n’y pas assez de juifs là-bas. Les Israéliens veulent réécrire l’histoire, et confisquer notre relation à la terre, et par la même notre identité. C’est pourquoi ils remplacent des villages entiers. Ils expulsent des habitants, détruisent les maisons et reconstruisent au même endroit. "

" Nous n’avons pas besoin de revenir 2000 ans en arrière pour prouver que nous étions là, » s’emporte la députée !" Le temps joue en faveur des Israéliens, et Haneen Zoabi le sait. « On nous empêche d’enseigner notre propre histoire, nous payons des impôts pour apprendre que nous n’avons aucune connection à notre terre. "

Les Arabes israéliens et les Palestiniens : des amours contrariées

La démarche menée par Zoabi est une lutte interne à Israël, pour autant elle n’est pas déconnectée de l’ensemble du conflit israélo-palestinien. Elle l’affirme : « Nous avons un rôle à jouer dans la résolution du conflit. »

La députée se dit favorable à une solution à deux états. « Il faut que la Palestine existe dans les frontières de 67 et qu’Israël devienne un pays neutre et démocratique. »

On imagine donc que son inclination tend plutôt vers l’autorité palestinienne ? Et bien non. Haneen Zoabi place sa vision politique au-dessus du clivage Fatah-Hamas. D’un côté, elle regrette les accords d’Oslo : « une erreur fatale, stratégique, qui a réduit les frontières.» De l’autre, elle considère que « le Hamas n’a pas une vision politique claire. » Et d’ajouter, sourire en coin : « nous ne partageons pas le même point de vue sur le rôle des femmes. » Elle concède en revanche au parti au pouvoir à Gaza le droit de faire partie du mouvement palestinien, et déplore: « Il n’y a pas d’unité palestinienne. De son côté, Israël n’est pas concerné par la question palestinienne. Les Israéliens peuvent avoir une vie normale, pendant qu’ils occupent un autre pays, » constate-t-elle.

Haneen Zoabi, a raison. Elle a un rôle à jouer dans ce conflit. Car les arabes israéliens sont les seuls capables de créer un lien entre les sociétés israéliennes et palestiniennes. Aujourd’hui, leur position donne à voir les défis qui se poserait si la solution à un état était mise en oeuvre.

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Chopin et les Chrétiens de Palestine

Publié le par Marine HAY

Chopin et les Chrétiens de Palestine

La Belle Promise (Villa Touma) est le dernier opus de Suha Arraf, en salle le 10 juinAprès la fiancée syrienne, et les Citronniers, elle dépeint le quotidien des « derniers » chrétiens de Ramallah, après la guerre des six jours. Incapables de s'adapter aux changements de leur monde ils sont prisonniers de leur convention, comme du mur.

Nous sommes à Ramallah. La guerre des six jours vient de se terminer, et Badia (Maria Zrek) doit quitter son orphelinat pour rejoindre ses tantes, Violette, Juliette et Antoinette. Les sœurs Touma vivent reclues dans leur villa en pierre taillées. Trois vieilles filles, dont la vie a été détruite par la guerre. Depuis, leur quotidien est rythmé par les tâches ménagères et les heures de tricot. Forcément l'arrivée de la toute jeune femme va bousculer leurs habitudes. Pensez-donc ! L'insolente a cinq minutes de retard au dîner !

Dans La Belle Promise, Suha Arraf aborde avec ironie le thème du délitement. Celui de la société chrétienne en Palestine. Alors que les jeunes hommes s'exilent en Amérique, que les terres et la fortune ont été englouties par la guerre, il faut à tout prix sauver les apparences. Badia doit donc se marier. Et afin d'attirer le meilleur parti, elle doit apprendre le français, et jouer du piano. Que Chopin la pardonne...

La jeune femme transgresse et intègre tour à tour ces nouveaux codes. A travers elle, la réalisatrice évoque aussi les relations inter religieuses. Et autant dire que les chrétiens n'ont pas le beau rôle. Que ce soit le jardinier, le prétendant de Badia, ou même sa mère défunte, les sœurs Touma méprisent les musulmans, ces Palestiniens infréquentables pour les grandes dames du monde.

L'importance, c'est donc l'apparence, quitte à s'accrocher à un passé révolu depuis bien longtemps. En cela, la photographie est splendide.

« L'ordre, la perfection et la grandeur qui se dégagent de la villa représentent symboliquement le monde parfait dans lequel ces femmes souhaitaient rester. C'était quelque chose que je voulais montrer à l'écran » a expliqué Suha Arraf.

Un film à la Ozon ?

D'ailleurs, La Belle Promise rappelle vivement les 8 femmes d'Ozon. Une comparaison renforcée par le caractère suranné des personnages, la théâtralité de la mise en scène et son final à rebondissement également. La musique également.

Suha Arraf lui donne un autre sens : « Sans le vouloir, j'ai vu que j'avais écrit un film sur l'occupatio, l'internalisation de l'occupation que chacun se fait subir. J'ai utilisé tous les symboles qu'on retrouve sous l'occupation aujourd'hui, comme la balle d'arme à feu que Khaled donne à Badia. Tout cela explique pourquoi la majeure partie du film se passe à l'intérieur de la villa, qui reflète la réalité de Ramallah, entourée par un mur. »

Il ne faut pas se mentir, La Belle Promise n'est pas un GRAND film. Il ne semble pas avoir cette prétention. Maisvec cet humour pince sans-rire et sa chute énigmatique, Suha Arraf réalise un film aux registres divers. Tantôt les personnages sont tournés en dérision, tantôt il vous agace. Tantôt la fougue raisonnable de Badia vous touche, tantôt c'est son malheur.

Et c'est en cela qu'il gagne son ticket d'entrée ! Faute d'être grand, il est au moins BON.

La Belle Promise de Suha Arraf, en salle le 10 juin.

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